Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 13:07

          L'agnosticisme n'est pas une maladie et ce mot inélégant semblant issu d'un mauvais roman de SF désigne, simplement, une doctrine philosophique que l'on peut faire sienne en se permettant quelques aménagements  au gré de ses propres convictions. Peut-on percer les secrets de la Nature? Je suis convaincu que les avancées scientifiques se rapprochent du Réel sans jamais l'atteindre vraiment comme un horizon qui se renouvelle montrant de nouveaux paysages mais pas le mystère qui titille le chercheur. 

          Peut-être cherchons-nous l'absolu et celui-ci est-il inaccessible à notre esprit de mortel? Peut-être les dieux se cachent-ils et se jouent-ils si bien des humains  désemparés que nous ne pouvons, même pas, en être certains? La démesure de l'univers, la petitesse de l'infiniment petit et le panorama si riche, si logique et si intelligent bien que complexe, que dévoile la science, compliquent encore la question que d'aucun veulent évidente et catégorique: mais pourquoi? 

          Un exemple simple permet de comprendre la chose. Les lettres que j'utilise pour écrire se divisent en consonnes dont certaines peuvent être doubles, d'autres changent de prononciation selon la lettre voisine, etc. Les voyelles, quant à elles, sont encore plus versatiles par leur prononciation, leurs accents, etc. Avec ces lettres on compose des mots, des sons, des phrases, des idées, des poèmes, des romans, etc. Nous avons là un véritable système -un ensemble- qui se développe, s'enrichit. Si, englobant le tout, on plonge dans ce système, on peut remonter jusqu'aux lettres et là ce n'est pas l'encre, la craie ou la peinture qui nous intéresseront mais bien les symboles que les lettres représentent; ces symboles posés, au départ, par des intervenants  intelligents. Ainsi les éléments qui constituent toute matière sont-ils assemblés en molécules, en atomes, en particules, en quarks, en cordes, ...Ces dernières sont-elles en béton ou en bois? La stupidité de la question permet de comprendre, après quelques secondes de réflexion, qu'à un moment il faut admettre que le symbole remplace la petite bille bien dure. Mais qui a posé ces symboles? 

          S'arrêter là ne déclencherait pas l'hilarité et si nous sentons la présence de garde-fous édifiés pour toujours, je ne crois pas qu'il y ait là une raison de renoncer à chercher à comprendre, mais, au contraire celle de prendre conscience de possibilités encore trop peu exploitées par les humains, compte tenu de leurs qualités réelles. La modestie nous rappelle sans cesse qu'un choix philosophique reste une option personnelle et aléatoire.

          Depuis 25 siècles la science se donne pour tâche de comprendre la nature en franchissant des obstacles qui peuvent demander des décennies d'effort. Elle rapporte dans sa gibecière des perles inestimables et parfois un avatar qui semble avoir été découvert pour l'éternité; une récolte mélangée à beaucoup de superstitions et d'idées reçues qu'il faudra éliminer. Ainsi la tentative de division par zéro, la vision floue de l'infiniment petit, la vitesse limite de la lumière, l'évolution des trous noirs ou l'instant du big bang sont-ils venus rejoindre les questions éternelles de tous ceux qui demandent depuis la nuit des temps: qui a fait cela? pourquoi le mal? la mort? etc.

          Ces questions métaphysiques, nous nous les posons alors que nous savons leurs résolutions impossibles; notre psychisme est-il encore insuffisant? Par exemple le big bang est l'instant où apparaissent matière, énergie, espace, temps et lois physiques. Avant cela il n'y avait rien du tout, donc même pas de vide mais que le néant et ce dernier aurait engendré tout ce qu'il fallait pour évoluer vers un univers complexe et logique.  Il faudrait que le néant soit quelque chose! La cause rien a donné des effets qui semble bien avoir été créés par une intelligence. Le big bang est un mystère pour l'athée et l'acte du créateur pour le croyant, n'est-ce pas la même chose? 

          La nature nous a fait capables de dompter même la dure loi de la sélection naturelle et son terrible "tuer pour manger". Nous ne sommes pas les maîtres d'un monde qu'on nous prête gentiment, à nous de le mériter.

          

Par Claude SUSINI - Publié dans : Philosophie
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